BOUCHE OUVERTE ET OREILLES FERMÉES

Au début, elle augmenta le volume de la télévision de façon à ce que son enfant ne puisse pas entendre les coups de feu et les explosifs à l’extérieur. Elle entraîna son enfant à fermer son nez et à arrêter de respirer quand passaient les tas d’ordures par leur quartier. Quand il y avait des scènes de torture, elle attira son attention sur des zones lointaines dans la direction opposée en lui disant « regarde, il y a des balançoires là-bas».

 

Quand  les coups de feu se rapprochèrent d’eux, elle serra son enfant dans ses bras en entourant ses oreilles avec ses mains. Quand la maison de leurs voisins fut détruite et leur chair se répandit partout, elle couvrit les yeux de son enfant avec ses mains. Au moment où elle prit son enfant en dehors des ruines, ses yeux, ses oreilles, son nez, sa bouche, ses mains étaient ouverts, de sorte à ce qu’elle n’eut plus besoin de les fermer à nouveau. Elle ouvrit alors la bouche et fit un cri si fort que le monde entier l’entendit. Mais il fut si perçant que l’humanité dut fermer à son tour ses oreilles.

Rami IBRAHIM

Membre de la rédaction neuchâteloise de Voix d’Exils

Ressource : Voix d’Exils | Migrations et Societes | La Voix des Migrants (voixdexils.ch)